Actualité

PURE ou la Cause Formelle

Pour Aristote, la « Cause Formelle » est cette mystérieuse « raison » intérieure, qui permet à la mise en forme artistique de donner âme à la matière, de la sublimer et la transcender. Elle est cette action d’incarnation de l’esprit, afin qu’en émane une conscience de l’être au monde, une vérité autotélique, essentielle faite de pureté originelle.

 

Pureté en effet de la démarche, des matières et de la forme, cette exposition sera une invitation à l’approche spirituelle qui est une nécessité pour lever la difficulté de l’interprétation du Sacré à travers les œuvres présentées : telle est la vertu qui caractérise les artistes réunis pour cette rencontre.

Une volonté qui trouve son écrin idéal en ce trésor patrimonial qu’est la Chapelle Notre Dame de L’île Barbe, haut-lieu de beauté et de lumière première, dédié à la Vierge Marie.

 

Ce qu’il y a de commun entre tous ces artistes, qui utilisent des techniques différentes telles que la peinture, la photographie, la céramique, le textile, le dessin, la sculpture, c’est la force expressive d’une matière magnifiée par la sobriété formelle des œuvres en adéquation totale avec l’ascétisme architectural de la Chapelle.

 

L’émotion nait ici de cette rencontre entre les créations actuelles et ce lieu hors du temps d’élévation de la pensée. 

 

Pierre Souchaud essayiste écrivain d’art

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PURE

ou la cause formelle

Exposition par Françoise Souchaud

Chapelle Notre Dame de l'île Barbe - Lyon 69009

24 juin au 18 juillet 2021

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"Pure" par Marie Bardisa 

Conservatrice de la Grotte Chauvet

29 mars 2021

Nous les conservateurs, nous nous devons de transmettre aux générations futures les œuvres du passé. C’est ainsi que la Loi l’a prévu : toutes considérations économiques mises à part, le legs patrimonial est universel ; c’est ce que nous recevons en partage de ceux qui nous ont précédés, sans qu’ils aient su ou eu conscience que ces œuvres qui nous parviennent, reviendraient collectivement à tous. Ces œuvres sont à tous, quelle qu’en soit la propriété, publique ou privée, de l’Etat, d’une collectivité, ou d’un particulier. Il en est ainsi de l’ancienne abbaye de l’Ile-Barbe comme de la très ancienne grotte Chauvet. Nos ancêtres, « moines » du Moyen Age ou « sapiens » de l’Aurignacien, nous ont précédés en ces lieux, les ont marqués de leur empreinte, les ont investis, les ont aménagés.

Nous qui, aujourd’hui, héritons de ce legs du passé et de ses traces, nous interrogeons : la temporalité du passé est un point important ; celui de la rareté des œuvres en est un autre.

L’un et l’autre ensemble nous confrontent parfois à une situation troublante, lorsque les vestiges sont extrêmement anciens. Il n’est pas rare, dans ce cas, qu’ils nous confondent. Les traces qu'ils contiennent nous émeuvent ; notre cerveau s’active pour déceler dans leur rareté, une étrangeté, une beauté, une singularité, un caractère exceptionnel. Mais une magie opère puisqu’en dépit des millénaires qui nous séparent des œuvres de la grotte Chauvet, nos rétines sont capables de réagir comme face à des œuvres récentes. Ces œuvres nous « parlent ». Elles ressemblent à ce qu’on connaît déjà… Nous sommes reliés à elles par notre sensibilité toute humaine, celle qui nous fait aimer un artiste ou rester froid face à un autre. Etrange tout de même cette passerelle immédiate que notre cerveau jette entre eux et nous, eux si éloignés de nous, eux qui faisaient partie d’un monde sans doute très différent du nôtre, mais avec lesquels nous avons tant de points communs, eux que nous sentons enracinés en nous…

Le saut dans le passé est, à Chauvet, prodigieusement vertigineux : 36 000 ans pour les peintures ! Une durée qu'on a du mal à appréhender dans nos échelles humaines de temps...

L’un des chercheurs de l’équipe Chauvet, Stéphane J., a trouvé un moyen facilitant l’approche d’une si longue durée : pour descendre dans la grotte, plusieurs échelles se succèdent et comptent en tout 36 barreaux. Chaque barreau franchi, ce sont mille ans descendus sous nos pas. Le premier nous conduit au Moyen Age, lorsque les moines bâtissent l’abbaye de l’Ile-Barbe, le deuxième c’est le temps de vie et mort du Christ, le troisième c’est l’invention de l’écriture à Sumer, les grandes pyramides d’Egypte, et on continue ainsi de gravir les barreaux en s’enfonçant dans une très longue nuit… Au 18e barreau, nous croisons les Aurignaciens de Lascaux. Arrivés en bas, au 36e barreau, nous sommes deux fois plus loin, dans la grotte Chauvet. Sur le panneau digité du cheval gravé de la salle Hillaire, une minuscule boulette d’argile est restée suspendue. Depuis quand ? Sans doute depuis que la main a tracé ce cheval. Et notre chercheur de nous la faire observer et dire que pendant qu’à l’extérieur, des guerres ont eu lieu, des bombes ont été larguées, la terre a tremblé, la boulette est restée là, suspendue depuis 36 000 ans, sans bouger…

 

Ici, à l’Ile-Barbe, la durée n’est pas aussi longue. L’abbaye de l’Ile-Barbe est un lieu singulier, bâti au milieu de la rivière. Son histoire, liée à celle de Lyon, commence au IVe siècle et se distingue par l’intervention de grands noms : en lui décernant, en 811, le titre d’abbaye seigneuriale, Charlemagne en fait un haut lieu de pouvoir spirituel, religieux, économique et politique fondé sur le culte des reliques. Les pèlerinages nautiques remontant la Saône sont à l’origine du prestigieux monastère construit au XIIe siècle et dont il reste quelques bâtiments. Ainsi, la chapelle Notre-Dame présente-t-elle encore un vaisseau orné de chapiteaux romans finement sculptés, des croisées d’ogives et la base des colonnes qui se trouvent enfouies à 1,40m sous le niveau du sol actuel. Mais l’Ile-Barbe est aussi un lieu festif qui a accueilli les « entrées royales » de Lyon, avec tout leur apparat. En 1548, Henri II et Catherine de Médicis y passèrent une nuit. Malgré le lent déclin qui s’amorce inexorablement dès le XVIIe siècle, l’Ile continue d’accueillir des fêtes champêtres qui alternent avec les processions religieuses, mêlant, au XIXe siècle piété ardente et romantisme. C'est dans ce climat que l'île devint l'épicentre de l'école lyonnaise de paysage, avec sa particularité de site au milieu de l’eau. Le legs de l’Ile-Barbe, ce sont les vestiges de cette abbaye, mais c’est aussi cette histoire en ce lieu singulier bâti sur les flots, imprégné de fêtes et de rêveries. L’esprit vagabonde et se laisse porter par le passé raconté et imaginé.

 

Une exposition dans un lieu chargé d’histoire est toujours un choc et une curiosité, pour le conservateur que je suis. Découvrir comment s’y prennent les commissaires d’exposition pour agencer l’ancien et l’actuel, pour ménager le dialogue entre les deux, renvoie à la dialectique entre conservation et création : conservation du lieu/monument d’accueil ; création/exposition de nouvelles œuvres ; quel lien entre le lieu et les œuvres exposées nouvellement créées ?

Oscillation temporelle entre l’ancien et le contemporain. Parfois entre le très ancien et l’actuel. Des extrêmes qu’il s’agit de mettre en contact.

Au-delà d’un simple effacement devant ces œuvres du passé, comment agir ? Comment faire pour que le nouveau parle à l’ancien, dans l’humilité et le respect qu’imposent la distance historique et le rapport à nos ancêtres ? Comment conduire ce nouvel acte de création qu’est la mise en scène ?

J’ai découvert les talents de Françoise Souchaud à l’exposition ORIGIN à la Caverne du Pont d’Arc, réplique de la grotte Chauvet. Fin limier de créateurs/trices d’art, talentueuse conceptrice de leur mise en scène, et enfin, joyeuse conteuse.

La sélection des artistes est essentielle, ainsi que celle des œuvres présentées. Les œuvres de PURE relèvent de techniques toutes différentes, mais toutes d’une sobriété, d’une finesse, d’une élégance reliées par un fil. Ce fil qui marie ces œuvres juxtaposées, raconte non pas une histoire mais une rêverie poétique dominée par un sentiment : PURE. Ou encore, pourrait-on dire, sans fioriture, à nu, à l’image du lieu qui les accueille et les offre comme un présent.

 

22 ARTISTES DONNENT ÂME A LA MATIÈRE